Claude Monnier vous parle du nouveau Tom Cruise : « Digger »
(ATTENTION : SPOILERS)
Si vous voulez une petite idée du nouveau Tom Cruise, imaginez la star de « Mission : Impossible » dans un petit film du style « Birdman ». Dans un geste qui ne manque pas de courage, surtout après tant d'années de blockbusters héroïques où il sauvait le monde à lui seul, Cruise a décidé de faire son film « arty », de casser son image et de s'intégrer à une « petite troupe ». Pas étonnant que le film déplaise aux foules : non seulement Cruise est méconnaissable en milliardaire gras du bide, pétrolier texan cynique et plouc, non seulement tous les acteurs sont enlaidis, mais en plus la bande-son est d'un bout à l'autre dans le style bruitiste européen, le tout dans un environnement morose, humide et déliquescent. Ouf !
Il faut dire également que le dispositif est volontairement trompeur et décevant : au début, on pense qu'on va voir un nouveau « Docteur Folamour », avec ces huiles de Washington grotesques, totalement dépassées par une menace de submersion mondiale (les forages gaziers trop violents de Digger en Arctique ont provoqué la dérive d'immenses icebergs)... et l'on se retrouve en fait dans une représentation théâtrale qui retrace l'histoire de Digger, le personnage de Cruise n'étant qu'un comédien qui interprète Digger sur scène... Evidemment, vous l'aurez deviné, la frontière entre représentation et réalité, théâtre et cinéma, s'estompe constamment, comme dans tout bon film « arty ». Sur ce plan, disons-le, Iñárritu se montre indéniablement doué et rend notamment un hommage mérité au « Munchausen » de Terry Gilliam, avec un zest de « Brazil » (lorsqu'un bonhomme entre soudainement dans le champ et repositionne un arbre en caoutchouc !).
Cela dit, puisque les effets spéciaux sont volontairement théâtraux, avec de faux navires, des maquettes d’avions, des nuages en coton et même une mer en bâches en plastique comme chez Fellini, on se demande où sont passés les 125 millions de dollars qu'a coûté le film... Mais là n'est pas le plus préoccupant. Ce qui ne va pas avec « Digger », c'est que malgré l'implication des comédiens (en premier lieu Tom Cruise, excellent) et la virtuosité d'Iñárritu, le discours anti-pollution est finalement trop sérieux, trop moraliste, trop appuyé, à l'image de la fin sinistre où l'on se retrouve dans un futur proche, au cœur d'une ville totalement inondée, où les spectateurs sont venus se défouler en huant le personnage de Digger. On le voit, le film est tiraillé entre sa volonté de faire rire et sa volonté d'alerter et ne trouve jamais le bon ton. Finalement, à quoi sert cette mise en abyme, si ce n'est à tout alourdir ?
Sur un péril tout aussi grave, l'ironie constante de « Docteur Folamour », sans mise en abyme, faisait vraiment rire et ce rire faisait, mieux que tout, réfléchir à la bêtise de la course aux armements. Mais les passages caricaturaux d'Iñárritu, au fond, sont rarement drôles...
« Digger », à son détriment hélas, nous rappelle (parce qu'on l'oublie souvent de nos jours) ce qu'est un grand film. Un grand film, c'est un film qu'on a envie de revoir instantanément. C'est loin d'être le cas ici.
Claude Monnier
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